Irecê, mars 2008
Numéro 6
 

Quel avenir voulons-nous??

Déforestation massive dans le Mato Grosso - Brésil
 

Bonjour à toutes et tous,

Alors que je suis dans les derniers mois de mon contrat au Brésil qui termine en juin, la charge de travail augmente. Dans la mesure du possible, j'aimerais laisser le partenaire IPÊTERRAS dans une situation saine et confortable. Cela n'est pas gagné d'avance!

Vu d'ici, et dans le contexte local et global actuel, il paraît plus aisé de faire un travail qui vise le profit plutôt qu'un travail à but non lucratif qui vise le bien-être de la communauté. Il semble plus facile d'être un pollueur aussi. Ou alors une multinationale qui pratique une agriculture destructrice plutôt qu'une petite ONG qui pratique et dissemine l'agro-écologie.

Il semble que détruire paie beaucoup mieux même si tout le monde est prêt à dire aujourd'hui que la priorité est l'environnement!

On peut facilement affirmer aussi que les profits de Monsanto, Cargill, Nestlé ou Bünge n'ont jamais été aussi élevés qu'en 2007. Ces groupes milliardaires ont à leur actif: déforestation massive et destruction de la biodiversité, pollution des cours d'eau et du sous-sol, agressions constante sur les terres indigènes et réserves naturelles, etc.

En attendant le IPÊTERRAS lutte toujours pour sa survie. Aujourd'hui c'est un fait au Brésil, alors que les fonds internationaux pour le développement se retirent, les fonds publics brésiliens tardent à s'ouvrir.

Finalement quels acteurs nos sociétés valorisent t'elles? A qui donnons-nous le pouvoir et les moyens? Et après tout, quel avenir désirons-nous?

Comme dit ironiquement Richard Desjardins: "Tout le monde sait qu'une forêt vaut rien, tant qu'elle est pas couchée à terre".

 
Les biocarburants, une solution?

Ces dernières années, alors que le prix du brut atteint des sommets et que l’humanité est confrontée à la menace du réchauffement climatique causé principalement par les émissions de CO2 liées aux énergies fossiles, les biocarburants ou agrocarburants crées de nouveau l’enthousiasme et sont présentés souvent comme une solution. Le sont-ils ?

 

Pénible travail de la canne à sucre. Encore aujourd'hui, travail souvent manuel au Brésil (S.Salgado)

 

L’origine des biocarburants remonte à l’invention de la voiture. La Ford T (1903 à 1926), par exemple, roulait à l’éthanol. A partir des années cinquante, alors que le pétrole est produit en grande quantité et que son prix est très bas, les carburants non fossiles sont temporairement oubliés. Les chocs pétroliers de 1973 et 1979 les rendent à nouveau attractifs (par exemple, politique de production d’alcool de canne à sucre au Brésil pour le parc automobile). Durant les années 80, le prix du pétrole baisse considérablement ce qui provoque à nouveau une baisse d’enthousiasme pour ces carburants agricoles.

 

Plus récemment , alors que les pays producteurs de pétrole sont très instables, que l’on annonce l’approche du pic pétrolier et que nous faisons face à la menace de réchauffement planétaire, les agrocarburants  sont à nouveau valorisés et massivement produits.

 
Que sont-ils ?

Un biocarburant est un carburant produit à partir de matériaux organiques renouvelables et non-fossiles.

Généralement ceux-ci sont classés en trois catégories : les huiles (tournesol, colza, ricin, arachide, palmier à huile, etc.), les alcools par fermentation des sucres dit éthanols (canne à sucre, betterave, etc) et les gaz produits par fermentation organique végétale ou animale.

Selon les méthodes, les carburants « verts » peuvent être utilisés purs : dans ce cas le moteur doit être totalement adapté. Soit les agrocarburants peuvent être chimiquement transformés en biodiesel qui peux alors être dilué au diesel commun.

Actuellement les deux plus grands producteurs d’éthanol (alcool de sucre) sont le Brésil et les Etats-Unis mais des pays émergents commencent à miser sur ces nouvelles énergies y compris les huiles végétales: l’Inde, l’Indonésie, le Mexique et le Brésil.

 

Avantages:

- Comme la plupart des pays producteurs de pétrole sont des pays problématiques (pays exploités, corrompus, en guerre…), les biocarburants s’offrent comme une possible alternative réduisant la dépendance à un marché spécifique.

- Il est également vrai que lorsqu’ils brûlent, les gaz qui sortent du moteur ne sont pas aussi toxiques que lors de la combustion du pétrole.  Dans ce cas un pays pourrait, par exemple, montrer une baisse des émissions de CO2 liées au transport.

Seulement ces résultats sont trompeurs pour plusieurs raisons :

 
Dangers:

- La production de ces agrocarburants est gourmande en énergie. Certaines études montrent que pour la production et combustion de 1000 litres d'essence ou 1000 litres d'éthanol, la libération de CO2 dans l'athmosphère serait supérieure avec l'éthanol: production mécanisée, engrais à base de nitrogène, "nettoyage" des champs par le feu entre deux cueillette, usine de transformation...

 
- Déforestation massive: plusieurs organismes environnementaux tirent la sonnette d'alarme depuis plusieurs dizaines d'années déjà par rapport à la déforestation massive des dernières forêts tropicales. Aujourd'hui la situation s'aggrave à cause de ce nouveau marché.
Cette carte récente (2006) montre clairement les zones critiques de déforestation (en rouge): les forêts tropicales sont les plus dévastées (Amazonie, Afrique et Indonésie) et les zones de récupération (en vert foncé) se trouvent presque toutes dans les pays du nord.
 
- Utilisation des terres arables pour les agro-carburants: en 2008, alors que le prix des aliments ne cesse de monter (en une année le prix du riz a augmenté de 20%, du maïs de 50% et du blé de 100% - George Monbiot, November 6, 2007, The Guardian), cette question est de loin la plus polémique. Les multinationales alimentaires (qui sont les industries les plus puissantes aujourd'hui dans de nombreux pays y compris le Brésil) offrent des produits de basse qualité dangereux pour la santé (parfois) et pour l'environnement et cassent les prix ce qui forcent les petits producteurs à se tourner vers d'autres marchés (y compris les bio-carburants) ce qui renforcent leur/notre dépendance à ces multinationales pour la question alimentaire. Selon des recherches récentes, il existe des plantes très riches en huile qui peuvent pousser facilement sur des terres agricoles improductives.
 
- Pratiques de la monoculture intensive qui épuisent les sols (perte de fertilité): la plupart des plantes poussent facilement lorsque combinées avec d'autres (la forêt est l'exemple parfait). Lorsqu'il s'agit d'agriculture familiale même productrice de biocarburants (Brésil, Inde, Indonésie, Chine) les politiques doivent encourager la policulture. Dans ce sens on pourrait très bien envisager des champs de ricin, maïs et cocotiers ou autreas arbres fruitiers par exemple.
 

Enfin, il ne s'agit pas simplement de condamner ou louer ces énergies "propres". Celles-ci ont effectivement un potentiel intéressant, il s'agit seulement d'exiger qu'elles soient produites avec certaines normes et exigences internationales: favoriser la policulture et les plantes résistantes qui poussent dans des terres non agricoles. Quant à la déforestation elle doit simplement retomber à zéro. Cela est une question urgente. Internationale.

Les bio-carburants ne sont pas les seuls responsables. La déforestation de l'Amazonie aujourd'hui est liée surtout à l'élevage.

Et puis sans changements de comportements, principalement des citoyens du nord de la planète qui ont un pouvoir de consommation supérieur, aucune amélioration n'est à attendre.

Déforestation ZÉRO!

 
Activités du IPÊTERRAS depuis décembre 2007:

Séminaire interne d'évaluation et planification: Les 15 et 16 décembre 2007, le IPÊTERRAS a réalisé sont séminaire interne d'évaluation des activitées 2007 et de planification de l'agenda 2008.

Mon ancienne collègue de l'ABONG Márcia (ci-contre) est venue de façon volontaire de Salvador pour faciliter notre travail.

 

Visite et cours de permaculture au IPÊTERRAS pour un groupe de jeunes: dans le cadre du PRONERA, un vaste programme du gouvernement fédéral d'éducation pour jeunes, un groupe est venu passer le week-end au IPÊTERRAS. Nous en avons profité pour présenter notre travail et avons réalisé avec eux plusieurs activités agro-écologiques: plantation d'arbres et plantes locales (cactus...), confection de potagers spéciaux adaptés pour les climats arides (avec système de rétention d'eau), confection de compost organiques..

 
Présentation et début d'un travail de reforestation dans un village de la région: travail de conscientisation dans un village de la région sur l'importance des arbres pas seulement pour les écosystèmes mais également pour notre bien-être. Ci-dessous, place de l'église de ce village telle qu'elle est actuellement et, dans le montage à droite, telle qu'elle pourrait être. Le lendemain de cette présentation (réalisée dans cette petite église) travail collectif afin de préparer des pousses et boutures d'arbres. Ces arbres, une fois plus grands et plus solides, seront plantés sur cette place en août ou septembre avec la participation des villageois (montage réalisé par moi-même).
 

Travail sur la ferme: durant ces derniers mois, qui correspondent à la saison des pluies dans le Sertão (région semi-aride du Nordeste), le travail à la ferme s'intensifie: les agriculteurs et agricultrices plantent. Au IPÊTERRAS, nous plantons aussi de la manière la plus diversifiée possible avec les plantes les mieux adaptées possible: arbres fruitiers et natifs, haricots noirs, maïs, tournesol, sésame, sorgo, etc. Mais cela n'est pas facile. Les scientifiques affirment que notre région traverse actuellement une période de sécheresse (2006 à 2011). Effectivement, ces 3 dernières années, alors que la normale annuelle des pluies se situe autours des 500-700mm, nous recevons une moyenne de 300mm ce qui est vraiment très peu. Les espaces entre les pluies (pendant la saison des pluies) peuvent être de 4-5 semaines ce qui est terrible pour les agriculteurs.

Au IPÊTERRAS heureusment, comme nous plantons diversifié, nous cueillons toujours quelque chose: graînes d'arbres, bois, miel des abeilles, fruits des cactus, piments, fleurs, herbes aromatiques...

Depuis novembre 2007, grâce à un financement de E-CHANGER, nous avons un nouveau technicien, João, qui s'occupe exclusivement des affaires de la ferme: animaux, plantations, serre, potagers mais aussi toute l'infra-structure (outils, maisons, bombes à eau, citernes...). João est un élément très important: il sait tout faire avec intelligence et débroullardise.

Le fameux João... Gracione (une amie) fait la cueillette des piments

Ci dessus à gauche: potager adapté à la sécheresse. Il y'a une toile en catouchouc à environ 60cm de profondeur qui retient l'humidité. L'arrosage se fait par un tuyau qui mouille la terre par en dessous. Cette technique permet une immense économie d'eau.

Ci dessus à droite: technique de l'agro-foresterie. Lorsque vient la saison des pluies nous taillons les arbres très court afin de profiter du bois mais surtout pour laisser la lumière entrer. Entre les arbres taillés nous plantons les cultures saisonières (maïs, haricots)...

 
La vie de tous les jours en images...
Jean-David Rochat Jean-David Rochat
Dans ma maison qui est aussi le bureau et la bibliothèque Avec India et des amis qui font partie du Conseil directeur du IPÊTERRAS
Béatrice (à gauche) est une volontaire française qui est restée avec nous de octobre à décembre 2007. India au milieu avec Yuri. A droite, Sandro, étudiant qui vit avec nous en ce moment et colabore. Réunion avec le GTACD - Groupe de travail agro-foresterie et lutte contre la désertification que le IPÊTERRAS anime depuis 2007.
Soutenir le projet du IPÊTERRAS...

Vous avec la possibilité de soutenir ce projet financièrement...Il s´agit d´un geste concret pour appuyer une organisation à but non-lucratif basée dans une des régions les plus pauvres du Brésil et ainsi contribuer à la construction d´un meilleur avenir pour tous.

Compte postal de E-CHANGER - CCP 17-7786-4

Cet argent versé à E-CHANGER est destiné à mon contrat avec le IPÊTERRAS.

 
Yuri, fils de João - IPÊTERRAS - mars 2008 (Yuri vit aussi avec nous...)

 

Lire les versions précédentes...

Numéro 1 - octobre 2006
Numéro 2 - janvier 2007
Numéro 3 - mai 2007
Numéro 4 - août 2007
Numéro 5 - novembre 2007