Irecê, janvier 2007
Numéro 2
 
 
 

La sécheresse verte

Tout d´abord bonne nouvelle année à toutes et tous...Je vous souhaite paix, bonheur et santé...

Dans la région semi-aride de Bahia, les pluies sont finalement arrivées en octobre après 6 mois de sécheresse totale. Premier réflexe dans une région rurale, mettre semence en terre.

Seulement, planter dans Sertão brésilien (région semi-aride) est une véritable loterie. Un phénomène caractéristique du climat durant la saison verte est l´irrégularité des pluies. En 2006, les mois d´octobre et novembre ont été généreux en pluies mais depuis le 29 novembre, pas une goutte d´eau. C´est ce qu´on appelle dans le Sertão brésilien, la sécheresse verte ou a seca verde.

Au marché ou dans la rue, les gens ne parlent que de cela: "si la pluie tarde encore quelques jours, c´est le désastre" ou encore "avec un soleil si fort, nous allons tous mourir brûlés..."

Dans un tel climat extême le désastre, en effet, n´est jamais très loin...

 
Activités du IPETERRAS (Novembre - décembre 2006)
 
La lutte contre la désertification au centre de nos préocupations...

Définition: La désertification est un processus graduel de dégradation du sol et de perte de fertilité de la terre.

Causes: Les principales causes de la désertification sont les conditions climatiques extrêmes et certaines activités humaines dîtes non-durables comme la déforestation, l´utilisation de produits chimiques en agriculture, l´irrigation abusive, les pratiques de brûlis, l´utilisation de machines qui compactent la terre, etc.

Conséquences: Ces activités peuvent créer l´érosion, l´assèchement des cours d´eau, la perte de fertilité du sol et la perte de la bio-diversité. Enfin, lorsqu´une terre est dégradée, cela favorise la pauvreté, l´exclusion sociale, les tensions sociales, etc.

Alors qu´un écosystème prend plusieurs milliers d´années pour se constituer, il peut disparaître en quelques années..

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La région semi-aride brésilienne (16% du territoire pour 32 millions de personnes), est la région menacée de désertification la plus peuplée au monde. Malgré cela, la lute contre la désertification au Brésil n´est pas toujours prise au sérieux et les mesures manquent..
 
Depuis 1997, le IPETERRAS fait un important travail de combat contre la désertification. Travail pas seulement théorique, de divulgation et d´information mais également un travail pratique. L´organisation a acheté, en 1997, une terre dans un état de dégradation avancé mais qui est aujourd´hui déjà bien récupérée, à nouveau fertile.
 

Le travail du IPETERRAS contre la désertification peut se résumer par les mesures suivantes:

- Reforestation
- Techniques agricoles basées sur l´agro-foresterie (forêts productives)
- Création de barrières naturelles pour protéger la terre du vent et du ruissellement des eaux de pluie
- Captation et stockage de l´eau de la pluie dans des réservoirs
- Valorisation d´espèces végétales natives ou adaptables
- Toujours laisser une couverture organique sur le sol pour le protéger de l´insolation et le nourrir
 
Depuis 2006, le IPETERRAS est, au sein de l´ASA (Articulation Semi-Aride), l´organisation de référence dans l´état de la Bahia pour la lutte contre la désertification.
Autres activités:
Séminaire interne d´évaluation et planification: les 9 et 10 décembre dernier, nous avons évalué le travail de 2006 et planifier les activités pour 2007.
Construction d´une nouvelle citerne: grâce à un financement de particuliers en Suisse, nous avons construit une nouvelle citerne de captation et stockage de l´eau de la pluie de 23.000 litres.
Cours théorique sur la désertification: début décembre, l´ASA (Articulation Semi-Aride) a organisé un cours de deux jours sur les problèmes liés à la désertification. Deux personnes du IPETERRAS (dont moi-même) ont participé.
 
Rencontre annuelle des volontaires E-CHANGER au Brésil: India comme représentante du IPETERRAS et moi-même comme volontaire E-CHANGER au Brésil avons participé, du 6 au 10 novembre 2006 à Ilheus - Bahia, à la rencontre annuelle de E-CHANGER au Brésil. Coordinateurs, volontaires, partenaires brésiliens, en tout une cinquantaine de personnes présentes pour discuter collectivement les enjeux de la coopération internationale au Brésil, la conjoncture politique nationale et internationale et visiter des projets et expériences sur le terrain. Une semaine extrêmement riche en échanges et apprentissages divers. Occasion aussi de connaître les autres volontaires éparpillés sur l´ensemble du territoire brésilien.
 
Organisation du Festival Régional des Premières Pluies: le IPETERRAS, en collaboration avec d´autres organisations de la région, travaille à l´organisation de ce festival de musique régionale (samba, reisado, repente, São Gonçalo, aboio) prévu pour le 27 janvier (PS. Si vous voulez un t-shirt du festival (15 Frs avec frais d´envoi), écrire à: jdrochat@yahoo.com.br).
 
Recherche de fonds: élaboration et envoi de plusieurs projets de recherche de fonds, destinés à des organisations brésiliennes et internationales de développement. Projets destinés à augmenter la capacité de stockage des eaux de pluie, organiser des formations (permaculture, agro-écologie...) et des journées de travail collectif à la ferme l´année prochaine.
 
Entrevue avec Aderivan, associé et conseillé du IPETERRAS:
 
Cliquez içi pour écouter l´entrevue en portugais...(22 minutes / 2,54 MB / format Mp3)
 

Aderivan a toujours été militant pour la cause environnementale. Père de cinq enfants, débrouillard, il exerce plusieurs métiers en même temps pour vivre: peintre, graveur, apiculteur...Malgré ses nombreuses activités, il donne beaucoup de son temps pour un travail volontaire auprès d´organisations sociales de la région. Depuis toujours Aderivan est un grand défenseur de la Caatinga et des ressources naturelles en général. Sa passion: les oiseaux.

 
Jean-David - Quels sont les principaux problèmes de la région?

Aderivan - Les problèmes sont multiples. Principalement, la mauvaise gestion du gouvernement et le manque de conscience environnementale des citoyens. Ici dans la région d´Irecê, à partir des années 1970, le gouvernement fédéral a investit massivement, à travers les grandes banques, dans l´agriculture industrielle ce qui a contribué à la déforestation de quasiment toute la région (programme Pro-Feijão). Ce programme du gouvernement a été décidé de façon totalement verticale sans prendre en considération les intérêts de l´ensemble de la population ni se préocuper pour l´avenir de la région.
A cette époque, le gouvernement militaire au Brésil était très lié aux intérêts économiques américains. Avec ces programmes économiques gigantesques du gouvernement fédéral sont entrés massivement au Brésil des éléments culturels de l´extérieur ce qui a appauvrit notre culture. Les habitants de la région içi ont perdu dans ces années beaucoup de leurs traditions. Un exemple concret : autrefois, même les habitants de la ville avaient un petit jardin derrière leur maison dans lequel ils plantaient quelques légumes et herbes médicinales. Avec l´arrivée de l´économie de marché, tout cela a diparu et en même temps ce sont des éléments culturels qui ont dipsaru, des traditions. Les habitants sont plus dépendants du marché qu´avant et plus pauvres.

Dans la région il y´a aussi un problème naturel qui est la sécheresse. On ne peut pas la combattre mais on peut, par contre, développer des techniques pour vivre avec. Ces dernières décennies, l´agriculture, de la façon qu´elle a été pratiquée, a grandement contribué à l´assèchement des sols en général. Le fait de couper les forêts agrave le problème de la sècheresse alors que notre climat est déjà très vulnérable a cela. Il faut rappeler que le bioma Caatinga couvre 15% du territoire national ce qui n´est pas rien.

 
Jean-David - Quelles sont les principales richesses de la région?
Aderivan - Oui notre région, qui est une des plus pauvre du Brésil, a aussi quelques richesses. Pas forcément des richesse économiques...Je dirais que notre région est riche en termes culturels même si cela est entrain de se perdre. La tradition du Reisado (les Rois) par exemple, est une tradition magnifique: pendant la période de Noël, les musiciens parcourent les rues la nuit et entrent dans les maisons qui leurs sont ouvertes pour chanter des musiques traditionnelles. Il y´a aussi le Samba, qui n´est pas le même samba qu´à Rio de Janeiro mais qui est un samba plus traditionnel, plus rural. Aujourd´hui tout cela se perd. Le gouvernement, par exemple, ne donne pas d´importance à ces traditions. Le gouvernement et les habitants ont tendance à valoriser ce qui vient de l´extérieur... Il y´a aussi dans la région plusieurs sites archéologiques d´importance internationale mais là encore, le gouvernement ne valorise pas. Il pourrait faire un parc, attirer des touristes, montrer les richesses locales mais non, rien de cela...Ces sites sont à l´abandon.
 
Jean-David - Dans ce contexte que représente le IPETERRAS, quelle est sa raison d´être ?

Aderivan - Le IPETERRAS a un rôle très important de "ré-éduquer" le peuple. Le peuple a perdu beaucoup de ses richesses et il doit à nouveau apprendre à respecter et valoriser ses propres traditions culturelles et richesses naturelles. Autrefois, il y´avait la question des journées de travail collectif : le travail agricole était fait en groupe dans un esprit de solidarité et de joie, de plaisir. Les gens chantaient ensembles, se racontaient des histoires en travaillant...Le IPETERRAS, en organisant les journées de travail collectif, tente de redonner vie à ces traditions et enregistrer, graver la culture du peuple du Sertão (région semi-aride du Brésil)...
Le IPETERRAS travaille aussi très bien la question de l´environnement en faisant des conférences à l´extérieur et en recevant à la ferme écologique des écoles de jeunes et d´enfants, des universités...
Je crois que le IPETERRAS est un patrimoine de la région et je crois que l´organisation apporte des bénéfices pour la région. L´Institut est déjà une référence dans la région.
Lorsque l´organisation a acheté la Caatinga en 2001, morceau de forêt qui était menacé de déforestation, le IPETERRAS a donné un exemple en achetant pour préserver. Cette aire de préservation n´est pas grande mais c´est un exemple, une façon de valoriser aussi l´ecosystème local.
L´autre grand projet que le IPETERRAS a fait et qui mértite du respect est d´avoir acheter une terre dégradée pour la récuperer. Cela aussi est aussi un exemple pour la région. Enfin, le
IPETERRAS forme des citoyens, forme une nouvelle conscience citoyenne nécessaire pour l´avenir de la région.
 
Nouvelles de Jean-David

Comme vous pouvez le constater sur la photo, j´ai eu la chance de passer Noël dans la Chapada Diamantina, merveilleux Parc National idéal pour la randonnée et pour les baignades dans des chutes d´eau idyliques et paradisiaques.

A présent, depuis Irecê, la Chapada Diamantina n´est qu´à une centaine de kilomètres.

Et puis avec la chaleur et la sécheresse que nous avons içi, aller dans cet endroit de rivières et cascades fraîches est un pur délice.

D´ailleurs, je vous attend avec impatience au Brésil pour pouvoir vous y emmener....

 

Sinon, malgré les serpents et les araignées, je m´habitue tranquillement à la nouvelle vie à la ferme (ces photos ont été prises au IPETERRAS!!). J´apprend énormément de choses sur les plantes, sur l´agriculture, sur les différents problèmes liés à l´environnement...Je suis entrain de traçer ma voie dans ce qui réllement me passionne: la défense de l´environnement et de la diversité tant biologique que culturelle..

Araignée "Carangueijeira"
Serpent "preto"
 

Notez que je serai à Genève les deux premières semaines de mars. Je me réjouis de vous voir et pouvoir parler de tout cela avec vous tranquillement autours d´un bon verre de vin, loin des serpents et des araignées!!!

A très bientôt..........

 
Un morceau de musique régionale...
La chanteuse, Livinha, est une amie de Irecê. Elle interprète une chanson traditionnelle du Sertão brésilien.
 
Écouter la musique en Mp3 (1,5 MB)
 
Soutenir ce projet...

Vous avec la possibilité de soutenir ce projet financièrement...Il s´agit d´un geste concret pour appuyer une organisation à but non-lucratif basée dans une des régions les plus pauvres du Brésil et ainsi contribuer à la construction d´un meilleur avenir pour tous.

Compte postal de E-CHANGER - CCP 17-7786-4

Cet argent versé à E-CHANGER est destiné à mon contrat avec le IPÊTERRAS.

 
Palmier près d´Irecê

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Numéro 1 - octobre 2006